Samedi 28 juin 2008

Elle décida de se concentrer sur ce qui se passait sur scène. Un prince et une bergère s’aimaient en secret, et déjouaient ensemble les pièges que leur tendait un soldat jaloux. Quand le soldat tua finalement le prince en duel, Lola laissa rouler le long de sa joue une larme de compassion. La petite Bergère sautilla de désespoir dans son tutu vermeil, et empoisonna le soldat, qui s’étala à son tour sur le plancher. Soudain, les lumières se rallumèrent, prince et soldat ressuscitèrent, et se mirent à saluer la salle en une ligne que rejoignirent très vite la marâtre et les petits moutons blancs (qui étaient en fait des petites filles en tutu blanc). La dame de droite pleurait à chaudes larmes. Elle osa un regard à gauche, l’homme lui sourit et tendit une main longue et pâle vers elle, une main d’artiste.

«  Je m’appelle William, je fais partie de la troupe. Il avait une voix mélodieuse, et un charmant accent anglais.

-          Lola, répondit-elle en tentant de réprimer les signes de son trouble. 

-           Vous êtes journaliste ? Il désigna son calepin.

-          Oui, je suis là pour la critique de l’Opérette, mais c’est la première fois, je ne suis pas à l’aise.

-          Je me rends à la soirée du staff. Venez-y, vous pourrez rencontrer les autres danseurs. »

Lola acquiesça, et emboîta le pas de William. Ils marchèrent en échangeant des banalités. Elle se prit à écouter charmée, la musique de la voix, douce et exotique de William, qui finit d’endormir sa conscience. Elle savoura alors son regard pénétrant. Etrangement, il semblait ne se rendre compte de rien, et continuait de bavarder de tout et de rien, impassible.

Soudain, il effectua un pas plus vif en avant, poussa une petite porte, et lui fit signe d’entrer. L’instant avait paru durer des heures, mais seules quelques minutes s’étaient écoulées, et ils n’étaient pas sortis de l’immense bâtiment. Elle entra, suivi de William. La pièce était petite, et beaucoup plus contemporaine. Un buffet trônait en plein milieu, fourmillant de jeunes femmes et hommes en jeans et baskets. William s’avança tranquillement vers un petit groupe, et lui fit signe de le suivre. Le prince riait à gorge déployée avec son assassin, et la bergère paraissait offusquée.

« Peter, Benjamin, Amy, voici Lola, c’est la journaliste, dit William.

-          Salut à toi camarade ! Bonjour demoiselle ! Claironna joyeusement Benjamin-le-soldat. Alors, la pièce t’a plu ?

-          Oui, dit-elle, elle m’a beaucoup émue.

-          C’est un grand classique, dit Amy-la-bergère, mais c’est une très belle histoire. »

 


 

Par Luna - Publié dans : Roman - Bruler les ailes
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